Aziza Chaouni s’impose durablement dans le paysage architectural mondial. Elle représente une génération d’architectes pour qui bâtir est un acte profondément engagé, citoyen, et tourné vers l’humain comme l’environnement.
Portrait d’une architecte entre deux continents
Née à Fès le 26 juin 1977, Aziza Chaouni est dès l’enfance fascinée par la rivière qui traverse sa ville natale, un élément qui marquera profondément son parcours professionnel.
Formée aux États-Unis, elle est la première architecte marocaine diplômée de la Harvard Graduate School of Design, après des études d’ingénierie civile à l’Université Columbia de New York.

Inspirée par des noms prestigieux comme Hashim Sarkis, Renzo Piano ou Jean-François Zevaco, elle développe une vision unique de l’architecture : engagée socialement, rigoureuse techniquement et respectueuse de l’environnement.
Ses voyages au Sahara (Mauritanie, Mali, Libye, Soudan, Égypte) pour y étudier l’écotourisme renforcent sa conviction qu’un projet ne peut exister sans envisager l’écosystème global dans lequel il s’inscrit. Aujourd’hui, elle enseigne à l’Université de Toronto et dirige sa propre agence, Aziza Chaouni Projects, implantée à Toronto et à Fès.
Aziza Chaouni et la renaissance de la rivière de Fès
C’est avec ce projet emblématique qu’elle gagne une reconnaissance internationale. Depuis près de deux décennies, elle milite pour réhabiliter la rivière de Fès, jadis majestueuse, aujourd’hui partiellement recouverte et polluée depuis les années 1950.
En 2007, la RADEEF (Régie autonome intercommunale de distribution d’eau et d’électricité de Fès) lui confie, avec l’urbaniste Takako Tajima, la mission de redonner vie à ce fleuve oublié. Le projet Fleuve Fès rétablit un lien intime entre la ville et son eau : création de promenades, restauration hydraulique, traitement des eaux, espaces verts et bassins de rétention.
En 2014, elle présente ce combat lors d’une conférence TED, visionnée plus de 800 000 fois, affirmant sa position de pionnière de la restauration écologique urbaine au Maroc.
Aziza Chaouni, citoyenne et humaniste
Bien plus qu’une bâtisseuse, elle milite pour une architecture responsable et inclusive. Dans un domaine encore dominé par les hommes, elle défend la place des femmes et encourage une pratique citoyenne du métier, rappelant que certains professionnels comme les avocats américains consacrent une part de leur temps à des engagements altruistes.

Elle développe ainsi des projets à portée sociale, notamment l’école de musique Joudour Sahara au sud du Maroc, qui offre un accès gratuit à l’art aux jeunes générations.
Chaque réalisation est pensée comme un dialogue entre les besoins humains et l’environnement, notamment dans les zones arides qu’elle connaît parfaitement. Elle redonne aussi vie au patrimoine historique, à l’image de la restauration de la bibliothèque Qarawiyyin ou de la Maison du Peuple au Burkina Faso, mêlant mémoire, technicité et innovation.
Quelques œuvres marquantes d’Aziza Chaouni
Haouz House – Tajgalte, Maroc
Construite après le séisme de 2023 dans le sud marocain, cette maison en terre (95 % de briques crues, 5 % de ciment Durabrick) est un modèle de reconstruction durable. Accessible financièrement, elle propose un système d’assainissement écologique.

Ce prototype destiné aux villages sinistrés a été reconnu au niveau international : World Monuments Fund Watch Award 2024 et Impact Award de l’Institut du monde arabe.
Restructuration du Lycée Paul Valéry – Meknès, 2023
Un retour aux sources pour Aziza Chaouni, qui repense son ancien lycée en collaboration avec LAPS Architecture. L’objectif : en faire un lieu ouvert, vivant et inspirant.

Le projet accueille des pôles culturels, scientifiques et un internat, intégrés dans un espace paysager cohérent avec l’environnement scolaire.
Ifrane Craft Exhibition Hall – Ifrane, Maroc
Réhabilitation d’un ancien bâtiment colonial transformé en galerie dédiée à l’artisanat local. Le projet marie tradition et innovations techniques.

Les systèmes mis en place incluent des murs mobiles, une isolation thermique avancée, des brise-soleils et des vitrages performants. Ce lieu témoigne d’une véritable valorisation du bâti ancien au service des communautés locales.

Distinguée par de prestigieuses récompenses telles que le prix de la Fondation Holcim, le EDRA Great Places Award ou encore les prix de l’American Society of Landscape Architects, Aziza Chaouni prouve qu’il est possible de conjuguer esthétique, écologie et engagement social dans chaque projet.
Son travail, qu’il s’agisse de la rivière Fès ou de programmes communautaires au Maroc, montre que l’architecture peut devenir un véritable levier de transformation positive du monde. Entre passé et avenir, innovation et tradition, Aziza Chaouni bâtit une résilience éclairée.


