Exclu sans préavis de Dribbble, Gleb Kuznetsov, designer de renom et fondateur du studio Milkinside, refuse de rester à l’écart. Déçu par les nouvelles politiques de la plateforme, il répond en initiant une alternative axée sur la communauté créative. Un projet radicalement différent, nourri par l’intelligence artificielle.
Un nom emblématique du design brusquement écarté
Après 15 ans d’activité et une influence majeure sur Dribbble, le compte de Gleb Kuznetsov — suivi par des millions et cumulé plus de 210 millions de vues — a été supprimé. Désormais basé à San Francisco, ce designer originaire de Russie avait publié plus de 12 000 créations sur la plateforme.
Le motif ? Il aurait transmis ses coordonnées personnelles à des clients potentiels, contrevenant aux règles récemment mises à jour par Dribbble. La plateforme interdit désormais toute communication directe avec les clients sans passer par son système, ceci afin de pouvoir prélever une commission de 3 % sur chaque transaction. Depuis mars 2025, Dribbble évolue : d’un réseau collaboratif, elle s’oriente vers une place de marché fermée.
Un bannissement jugé arbitraire
Selon Kuznetsov, aucun avertissement clair ne lui aurait été communiqué avant la suppression définitive de son compte. La décision aurait été expéditive, sans possibilité d’appel. Pour lui, le processus manque de transparence et de justice.
Pourtant, du côté de Dribbble, le PDG Constantine Anastasakis affirme le contraire : le designer aurait été averti à plusieurs reprises. Entre mars et juillet, Gleb aurait reçu 83 propositions commerciales, répondu à 61 d’entre elles, et enfreint six fois les règles internes en partageant ses informations personnelles avec des prospects. Le 22 juillet, un ultime avertissement lui aurait été envoyé. Bien que Gleb affirme ne pas l’avoir vu, Dribbble insiste : l’e-mail a été ouvert à trois reprises.
Depuis, les conditions de réintégration sont drastiques : tout utilisateur banni devra accepter un contrat publicitaire à hauteur de 1 500 dollars par mois sur trois mois minimum. Une sanction qui laisse peu d’options accessibles aux créateurs indépendants.
Réaction immédiate : bâtir une nouvelle plateforme
Plutôt que de contester la décision, Gleb Kuznetsov choisit la voie de l’innovation. Il annonce le développement d’une toute nouvelle plateforme dédiée aux designers, conçue avec et pour eux. L’objectif : ne pas reproduire Dribbble, mais proposer une alternative plus adaptée aux réalités et aux besoins des créatifs actuels.
Au cœur du projet, l’intégration de l’intelligence artificielle. La plateforme ambitionne de proposer des outils avancés spécifiquement conçus pour la création visuelle. Gleb souligne un manque sur le marché : si l’IA est omniprésente, peu de solutions existent réellement pour les besoins métier des designers professionnels.
Un lancement imminent
Le projet est déjà bien avancé. Une première version fonctionnelle — ou MVP — est attendue dans les trois à quatre mois à venir. L’objectif est clair : renouer avec les valeurs fondatrices qui ont fait le succès de Dribbble à ses débuts, comme l’inspiration, la communauté et la visibilité, tout en s’appuyant sur les technologies modernes.
Des investisseurs ont rapidement manifesté leur intérêt pour accompagner le développeur dans cette aventure. Gleb tient à préciser qu’il ne s’agit pas là d’une revanche personnelle, mais d’un élan constructif : « Je ne cherche pas à détruire quoi que ce soit, je veux bâtir un espace qui respecte et valorise notre profession. »
Vers un avenir plus ouvert pour les designers indépendants ?
Au-delà du parcours individuel de Kuznetsov, cette initiative révèle un enjeu fondamental : les designers ne peuvent plus se permettre de dépendre d’un seul canal pour se faire connaître et développer leur activité. La diversification des outils de prospection, de publication, et de réseautage devient cruciale dans un environnement où la monétisation prend le pas sur l’esprit collaboratif.
Si Dribbble reste aujourd’hui encore une vitrine incontournable de la création visuelle, ses nouvelles politiques réduisent sa dimension communautaire. Des projets émergents, initiés par des créateurs eux-mêmes, pourraient bien transformer en profondeur l’écosystème du design en ligne. À surveiller de près.


