Les réseaux sociaux tels que TikTok, YouTube ou encore Snapchat font désormais partie du quotidien de nombreux enfants, parfois dès le plus jeune âge. D’après le rapport #BornSocial2024, 75 % des enfants âgés de 10 à 11 ans utilisent régulièrement au moins un de ces réseaux, malgré les restrictions d’âge imposées par les plateformes. Cette réalité soulève une question cruciale : quel est l’impact de cette exposition précoce sur leur développement mental et comportemental ?
Une recherche de grande ampleur sur le comportement des enfants
Des chercheurs de l’Institut Karolinska en Suède, en collaboration avec l’Oregon Health & Science University aux États-Unis, ont mené une étude approfondie sur plus de 8 000 enfants afin de mieux comprendre les effets potentiels de l’usage des outils numériques. Leur objectif n’était pas de pointer du doigt les écrans, mais plutôt d’examiner dans quelle mesure certaines pratiques spécifiques pouvaient influencer l’attention et les comportements hyperactifs.
Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue scientifique Pediatrics Open Science. L’étude a porté sur un panel de 8 324 enfants âgés de 10 à 14 ans, suivis sur une période de quatre ans. Les enfants déclaraient eux-mêmes le temps passé chaque jour sur les réseaux sociaux, les jeux vidéo ou encore la télévision, tandis que leurs parents renseignaient régulièrement sur leurs capacités d’attention et les signes d’agitation ou d’hyperactivité observés.
Les réseaux sociaux, sous surveillance particulière
Un constat majeur émerge de l’étude : seul le temps passé sur les réseaux sociaux est directement associé à une augmentation progressive des symptômes liés à l’inattention chez les enfants. Aucun effet similaire n’a été mis en évidence pour les jeux vidéo ou les émissions de télévision.
Selon le professeur Torkel Klingberg, spécialiste de neurosciences cognitives à l’Institut Karolinska, « les réseaux sociaux constituent une source de distraction mentale constante, à travers les notifications, les messages et l’attente permanente de réactions. Cela tend à entraîner des difficultés à maintenir l’attention sur une tâche prolongée ».
Ce constat n’est pas influencé par le genre, l’origine socio-économique ou des dispositions génétiques particulières. Autre point remarquable : les enfants ayant déjà des difficultés d’attention ne sont pas forcément ceux qui se tournent le plus vers les réseaux sociaux. Cela renforce l’idée que ce sont bien les modes de consommation numérique qui influencent les comportements – et non l’inverse.

Des résultats en accord avec la littérature scientifique
Les conclusions de cette étude viennent conforter plusieurs travaux antérieurs. Une étude publiée dans la revue JAMA avait déjà mis en évidence un lien entre la surutilisation des médias numériques interactifs et l’apparition de symptômes de trouble de l’attention chez les adolescents. Les plateformes interactives, par leur caractère stimulant et instable, solliciteraient excessivement le cerveau, au détriment des fonctions exécutives.
Une autre revue systématique publiée en 2025 dans le journal Children alerte également : l’exposition répétée aux interruptions numériques nuit au développement des capacités cognitives essentielles, comme la mémoire de travail, le contrôle des impulsions et l’attention soutenue. Ces fonctions, encore en construction durant l’enfance et l’adolescence, sont cruciales pour un apprentissage équilibré et un épanouissement intellectuel sain.
Vers une utilisation encadrée plutôt qu’une interdiction ?
Les auteurs de l’étude appellent néanmoins à la nuance. L’impact observé sur l’attention est modéré à l’échelle individuelle. Toutefois, son amplification à l’échelle de la population pourrait avoir des conséquences substantielles, à mesure que l’usage des réseaux sociaux se banalise dès le plus jeune âge.
« Nos données ne signifient pas que chaque enfant utilisant TikTok ou Snapchat développera des troubles cognitifs, tempère Samson Nivins, auteur principal de l’étude, mais elles soulignent la nécessité pour les décideurs et les éducateurs d’accompagner les usages numériques en tenant compte du développement cérébral des jeunes ».
On observe d’ailleurs que le temps quotidien passé sur les réseaux sociaux passe en moyenne de 30 minutes à 9 ans à plus de 2 heures 30 à 13 ans. Plutôt que de prôner l’interdiction pure et simple, l’enjeu semble être aujourd’hui de promouvoir des usages raisonnés, guidés et mieux encadrés par les parents, les éducateurs et les politiques publiques.
Les chercheurs prévoient de prolonger leur enquête après l’âge de 14 ans, afin d’évaluer si les effets observés perdurent, s’aggravent ou au contraire s’atténuent à l’adolescence avancée.



