Des chercheurs américains ont mis au point une stratégie thérapeutique innovante capable de protéger les organismes contre presque toutes les souches existantes du virus de la grippe. Ce traitement repose sur un cocktail unique d’anticorps capable de contourner les mutations virales, ouvrant potentiellement la voie à une nouvelle ère dans la lutte contre cette maladie saisonnière souvent meurtrière.
Une approche inédite face à un virus en constante mutation
Chaque hiver, la grippe saisonnière revient avec son cortège de symptômes désagréables, pouvant entraîner de lourdes complications, voire des décès, chez les populations vulnérables. L’un des plus grands défis dans la lutte contre ce virus réside dans son étonnante capacité à muter d’une année à l’autre, rendant rapidement obsolètes vaccins et antiviraux classiques.
Face à cette problématique, une équipe de scientifiques du réputé Jackson Laboratory (JAX) a développé une nouvelle stratégie thérapeutique basée non pas sur des antiviraux classiques, mais sur des anticorps non neutralisants. Ces derniers n’empêchent pas directement le virus de pénétrer les cellules, mais marquent plutôt les cellules infectées pour que le système immunitaire puisse les éliminer plus efficacement.
Une efficacité démontrée chez des souris, y compris immunodéprimées
Les résultats, publiés dans la revue scientifique Science Advances, démontrent clairement l’efficacité du traitement chez des souris modèles, y compris chez des spécimens au système immunitaire affaibli. Le cocktail d’anticorps a permis aux rongeurs de neutraliser une grande diversité de souches de grippe, y compris les dangereuses variantes aviaires H5 et H7.
« La plupart des anticorps naturellement produits par notre organisme ne sont pas neutralisants, mais leurs propriétés ont trop souvent été ignorées en médecine », explique la Dre Silke Paust, immunologiste au JAX et auteure principale de l’étude. « Nous apportons aujourd’hui la preuve qu’ils peuvent jouer un rôle déterminant dans la survie face à l’infection. »
Une cible stable du virus enfin exploitée
Le succès de cette approche repose sur l’identification d’un maillon faible du virus de la grippe : une protéine appelée M2e. Contrairement aux autres protéines virales, qui évoluent régulièrement pour échapper au système immunitaire, la M2e reste stable quelle que soit la souche virale (humaine, porcine ou aviaire).
En combinant trois anticorps différents qui ciblent tous cette même région, les chercheurs minimisent considérablement les risques de résistance. Au bout d’un mois d’exposition continue, aucun signe de mutation permettant au virus d’échapper au traitement n’a été observé, un exploit dans le monde virologique.
« Même avec un seul anticorps, nous n’avons pas observé de mutation. Mais en optant pour une thérapie combinée, nous améliorons encore les chances de bloquer toute tentative d’évasion virale pendant une épidémie », souligne Silke Paust avec optimisme.
Une solution thérapeutique prometteuse en cas de pandémie
Un autre avantage majeur du traitement est son efficacité même après l’exposition au virus. Le cocktail réduit significativement la charge virale dans les poumons, tout en augmentant de manière spectaculaire les taux de survie. Lors des tests, une seule injection a suffi à protéger efficacement des souris infectées par la souche H7N9, l’une des plus pathogènes connues à ce jour.
La faible quantité d’anticorps nécessaire renforce également la faisabilité industrielle et clinique du traitement. Moins coûteux à produire et potentiellement mieux toléré que les solutions existantes, ce futur traitement pourrait être utilisé aussi bien en prévention chez les personnes âgées ou immunodéprimées, qu’en urgence lors d’épidémies soudaines.
« Nous devons anticiper la prochaine pandémie avec des solutions immédiatement disponibles, sans devoir attendre la longue mise au point d’un nouveau vaccin », souligne la Dre Paust. « Notre cocktail pourrait devenir une arme universelle, accessible immédiatement à tous. »
Vers des essais cliniques chez l’Homme
Avant toute commercialisation, les anticorps devront être « humanisés » – c’est-à-dire modifiés pour s’adapter au système immunitaire humain sans provoquer de réponse indésirable. Les experts du Jackson Laboratory travaillent désormais à la mise en place d’essais cliniques qui permettront d’évaluer la sécurité ainsi que l’efficacité de leur cocktail chez des volontaires humains.
Si les résultats se confirment, ce traitement pourrait bien marquer un tournant décisif dans la prévention et le traitement de la grippe – une maladie encore responsable de centaines de milliers de morts chaque année dans le monde.
