Une étude menée sur des souris a révélé que l’activité physique peut renforcer les mécanismes naturels anti-cancer de l’organisme, via l’action du microbiote intestinal. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques, notamment contre le mélanome.
Le microbiote, un acteur clé de notre santé globale
Au cours des dernières années, les révélations liées au microbiote humain ont profondément bouleversé notre compréhension de la santé. Il ne s’agit plus simplement d’un ensemble de microorganismes vivant dans notre intestin ou sur notre peau, mais d’un véritable organe à part entière, impliqué dans une multitude de fonctions biologiques essentielles. Humeur, sommeil, immunité, fertilité, santé mentale, réponse aux maladies neurologiques comme Alzheimer ou Parkinson… les rôles du microbiote sont aussi vastes qu’étonnants.
Les perturbations du microbiote ont également été associées à des affections aussi diverses que l’endométriose, les allergies, l’eczéma ou encore les troubles du comportement. Aujourd’hui, une nouvelle avancée scientifique nous montre que son rôle va encore plus loin : il pourrait bien être un allié crucial dans la lutte contre le cancer, et ce grâce à l’activité physique.
Le sport renforce notre résistance au cancer : le rôle du microbiote
Des chercheurs américains ont démontré que les bénéfices du sport en matière de prévention et de lutte contre le cancer sont directement liés à la richesse du microbiote intestinal. Pour cela, ils ont mené une expérience sur des souris en leur injectant un type agressif de mélanome, une forme sévère de cancer de la peau.
Deux groupes ont été observés : l’un composé de souris fortement entraînées physiquement durant quatre semaines, l’autre resté complètement sédentaire. Sans surprise, les souris ayant pratiqué une activité physique présentaient des tumeurs de taille significativement plus réduite et un taux de survie amélioré par rapport à leurs homologues inactives.
Puis, les scientifiques ont affiné leur protocole. Un second test a été réalisé uniquement sur des souris sportives : certaines vivaient dans un environnement stérile (ou recevaient des antibiotiques), et d’autres dans des conditions normales. Résultat frappant : seules les souris dont le microbiote était intact bénéficiaient de l’effet protecteur du sport contre le cancer.
Le formiate, une molécule prometteuse produite par le microbiote
Les chercheurs se sont alors penchés sur les mécanismes exacts en jeu. Quelle molécule produite par le microbiote pourrait expliquer cette action anticancéreuse ? Grâce à des outils d’intelligence artificielle et de modélisation métabolique, ils ont identifié une substance clé : le formiate.
Ce composé est un métabolite produit, entre autres, par la bactérie intestinale Escherichia coli. Il est généré en plus grande quantité lorsque l’individu pratique régulièrement une activité physique. Son rôle ? Stimuler l’efficacité des lymphocytes T CD8, des cellules du système immunitaire connues pour leur capacité à cibler et détruire les cellules cancéreuses.
« Cette étude relie ces points en montrant comment les changements induits par l’exercice physique dans le microbiote intestinal stimulent le système immunitaire. »
Pour valider ces résultats chez l’humain, les scientifiques ont mesuré les niveaux de formiate dans le sang de 19 patients atteints de mélanome avancé. Ils ont constaté que ceux présentant les concentrations les plus élevées de formiate avaient également les durées de survie sans aggravation les plus longues. Ces données confirment le rôle central de cette molécule dans le renforcement de la réponse immunitaire contre le cancer.
Une avancée vers de nouvelles stratégies thérapeutiques
Cette découverte marque une avancée prometteuse pour la médecine de demain. Elle suggère que cibler le microbiote intestinal pourrait devenir une stratégie complémentaire aux traitements actuels du cancer, notamment l’immunothérapie, qui repose sur l’activation du système immunitaire pour combattre les cellules cancéreuses.
Selon Marlies Meisel, auteure principale de l’étude et professeure adjointe en immunologie à l’Université de Pittsburgh, « nous savions déjà que l’exercice physique améliore l’efficacité de l’immunothérapie. Nous savions aussi qu’il modifie le microbiote. Cette étude fait le lien entre ces deux observations en montrant que le formiate agit comme médiateur entre activité physique, microbiote et stimulation immunitaire ». Elle conclut que ces résultats pourraient ouvrir la voie à des approches innovantes exploitant les métabolites microbiens dans le traitement du cancer.